It’s enough to make you cry

NO – Do you keep up with the news?

D. Lessing. – Yes, it’s a vital need. Sometimes I go to the newsagent and I buy all the papers

NO – You recently criticized Tony Blair in very harsh terms. Why?

D. Lessing. – Because he is not up to the job. He is a little man. Why has he taken the bait for this war. I think he is not very bright. He is a child of the hippy 60s.There was this picture of him with long hair and a banjo. It’s enough to make you cry. I do not think he ever read a book. The worst is that he loves important people. I think he must have had a problem with his dad.

NO – England should not have had to participate in the war in Iraq?

D. Lessing -. I don’t think so. We got rid of Saddam, but at what price! The same applies to the Taliban in Afghanistan. We probably know how to get rid of some countries’ dictators, but not how to manage them afterwards.  In fact, Bush and Blair do not know what they are doing. Bush is a Christian, he goes to church on Sunday, he thinks God speaks to him. These are the most dangerous individuals. His conscience is cleansed of guilt whatever he does. He will never say, “I made a mistake.” Blunder after blunder, there is not a hint of regret in his voice. And all the money being wasted …

NO – What do you think of hysteria “Harry Potter”?

D. Lessing . – I am delighted. Children starting to read again, what a miracle! I leafed through a volume. But “Harry Potter” was not really written for me, was it?

NO – What were your biggest thrills as a reader?

D. Lessing. – Twenty years ago when I read all the Russians. I also discovered Virginia Woolf, Proust and Stendhal, which I love. Reading was an escape from nightmarish Rhodesian society. The reason I so loved Tolstoy and Dostoevsky is that  pre-revolutionary society in Russia was strangely like the African white-dominated society. Whites had a sentimental attitude towards the blacks, who they oppressed at the same time. My father always credited Africans with a kind of essential peasant wisdom, wrongly in my opinion. However, in “Anna Karenina”, the character Levin also believes that farmers have their own way –  primitive, mystical –  of understanding life. They were two very similar worlds. And think of the “Possessed”, of the nihilistic Dostoevsky. Everything is there, all modern terrorism.

N. O. – Vous vous tenez très au courant de l’actualité?

D. Lessing. – Oui, c’est un besoin vital. Parfois je vais chez le marchand de journaux et je les achète tous.

N. O. – Vous avez récemment critiqué Tony Blair en des termes très sévères. Pourquoi?

D. Lessing. – Parce qu’il n’est pas à la hauteur du job. C’est un petit homme. Pourquoi avoir mordu à l’hameçon de cette guerre? Je pense qu’il n’est pas très brillant. C’est un enfant des années hippies. Il y a cette photo de lui avec des cheveux longs et un banjo, c’est à pleurer. Je ne pense pas qu’il ait jamais lu un livre. Le pire, c’est qu’il est amoureux des gens importants. Je pense qu’il a dû avoir un problème avec son papa.

N. O. – L’Angleterre n’aurait pas dû participer à la guerre en Irak?

D. Lessing.- Je ne le crois pas. Nous nous sommes débarrassés de Saddam, mais à quel prix! De même pour les talibans en Afghanistan. Nous savons sans doute libérer certains pays de leur dictateur, mais pas les administrer après. En réalité, Bush et Blair ne savent pas ce qu’ils font. Bush est chrétien, il va à la messe le dimanche, il pense que Dieu lui parle. Ce sont les individus les plus dangereux. Sa conscience est lavée de toute culpabilité quoi qu’il fasse. Il ne dira jamais: «J’ai fait une erreur.» Bévue après bévue, il n’y a pas un soupçon de regret dans sa voix. Et tout l’argent qu’il gaspille…

N. O. – Que pensez-vous de l’hystérie «Harry Potter»?

D. Lessing.- J’en suis ravie. Les enfants se remettent à lire, quel miracle! J’en ai parcouru moi-même un tome. Mais «Harry Potter» n’a pas été vraiment écrit pour moi, n’est-ce pas?

N. O. – Quelles ont été vos plus grandes émotions de lectrice?

D. Lessing. – J’avais une vingtaine d’années quand j’ai lu tous les Russes. J’ai découvert aussi Virginia Woolf, Proust et Stendhal, que j’adore. Lire était un moyen de fuir la cauchemardesque société rhodésienne. Si j’ai tant aimé Tolstoï et Dostoïevski, c’est d’ailleurs que la société prérévolutionnaire, en Russie, ressemblait étrangement à la société africaine sous domination blanche. Les Blancs avaient une attitude sentimentale vis-à-vis des Noirs, qu’ils opprimaient en même temps. Mon père créditait toujours les Africains d’une sorte de sagesse paysanne essentielle, à tort selon moi. Or, dans «Anna Karénine», le personnage de Lévine pense aussi que les paysans ont une manière à eux, primitive, mystique, de comprendre la vie. Ce sont deux mondes très similaires. Et songez aux «Possédés», aux nihilistes de Dostoïevski. Tout est là, tout le terrorisme moderne.

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20071011.BIB0175/chere-doris-lessing.html

Source : Le “Nouvel Observateur”, le 24/12/2003

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